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Médecins du Monde à Haiti
« Je
reviens après deux jours d’ « infidélité
» à l’hôpital général. Les changements
me sautent aux yeux. D’abord le portail d’entrée,
surveillé de près par des hordes de GI’s armés qui
filtrent tout ce qui passe, même les journalistes (sauf les
Américains…) : je dois aller chercher Cathy de l’Humanité
à la grille et certifier qu’elle vient pour nous interviewer
pour passer les fourches caudines du barrage. Ensuite, tout est
très rangé dans la cour, il y a des tentes, des lits, et,
j’ai l’impression, encore plus d’ONG (notamment espagnoles) qui se sont
joint aux équipes chirurgicales. Il ya des camions qui livrent
de la nourriture pour les patients. »Alix Lassague – Directeur de l’Hôpital Général
« Au niveau de l’organisation, ça s’améliore grandement. Mais la situation est compliquée par les répliques. Notre personnel a peur et les patients ne veulent pas dormir à l’intérieur. On va essayer de monter plus de tentes. J’évalue tous les jours la stabilité des bâtiments : si je constate des fissures, on détruit ces parties ou en tout cas on en interdit l’accès. »
A peine nous avait-il dit cela qu’une nouvelle secousse (moins forte que celle de la veille) a eu lieu. Le personnel, pris de panique, est sorti en hâte des bâtiments.
Gérard Pascal, chirurgien de MdM
« Beaucoup de blessés sont évacués et transférés sur le bateau clinique. Il s’agit souvent de cas de fractures fermées qui nécessitent plus de matériel et de stérilisation. Si notre bloc fonctionne bien, il reste quand même très rudimentaire. Les traumatisés graves que nous avons soignés ici ne sont plus à l’hôpital général. Les nouveaux patients arrivent désormais davantage au compte goutte ou vont parvenir avec les cliniques mobiles telles que celles que nous mettons en place. »
Sandra Rude, communication MdM en Haïti
L’équipe de Médecins du Monde travaille actuellement :
- à Port au Prince (Hôpital Universitaire de l’Etat d’Haiti – HUEH, CHOSCAL Hospital – Cité Soleil, Champs de Mars, Sonapi near the airport, Sans Fil, Carrefour Feuille)
- Petit Goâve
- Jacmel
- Jérémie Grande Anse
24/01/2010
Quelle est la situation sur place aujourd’hui ? Deux équipes de Médecins du Monde sont arrivées aujourd’hui à Leogane, épicentre du séisme, et à Jacmel pour évaluer la situation sanitaire et commencer à intervenir. A Port-au-Prince, nos équipes de chirurgiens continuent de soigner dans trois hôpitaux de la ville. Le nombre de blessés en attente de soins est considérable et le défi est d’opérer le plus grand nombre de blessés, le plus vite possible. Parallèlement nos équipes médicales se rendent dans les camps de fortune où des milliers d’habitants de Port-au-Prince ont trouvé refuge. Depuis hier, en partenariat avec l’association haïtienne URAMEL [partenaire de MdM en Haïti depuis 15 ans] et grâce à la mobilisation de dizaines de volontaires médicaux, des consultations de premiers secours sont menées dans deux centres médicaux et dans plusieurs sites du quartier de « Champ de Mars ». Les équipes recherchent activement les blessés les plus graves pour les transférer vers les hôpitaux. Enfin, une dernière équipe est à Petit-Goâve, en appui à l’hôpital de la ville.
Quelles sont les difficultés auxquelles nous nous heurtons sur le terrain ?
Depuis le premier jour, la logistique s'est avérée être une réelle difficulté pour l’ensemble de nos équipes : l’acheminement des équipes venues en renfort et du matériel est complexe car l’aéroport de Port-au-Prince est saturé. Mais nous avons réussi à faire en sorte que tout notre dispositif de renfort soit opérationnel depuis samedi matin. Les conditions de travail dans les hôpitaux sont très précaires, ce qui accroit la fatigue de nos équipes à pied d’œuvre (manque d’eau, absence d’électricité, communications aléatoires...). C’est pourquoi, d’ici la fin de la semaine, les premiers volontaires seront remplacés par une nouvelle équipe. Toutes les organisations gérant ces mêmes contraintes, il est très compliqué sur place d’avoir encore une idée précise de toutes les interventions mises en œuvre, ce qui nous amène à redoubler nos efforts de coordination avec nos collègues haïtiens pour s’assurer que les besoins les plus vitaux sont couverts.
A terme, quelles seront les activités développées ?
Même si nous savons d’ores et déjà que notre soutien à Haïti devra s’inscrire dans la durée, il est encore trop tôt pour savoir ce que seront nos programmes dans trois mois, six mois ou un an, tant les besoins seront immenses. Dans l’immédiat, en fonction des évaluations en cours, nous allons tenter de rétablir l’accès aux soins médicaux et chirurgicaux d’urgence pour la population la plus large possible. Notre priorité dans cette phase d’urgence est d’aller au-devant des blessés et des populations qui n’ont pas reçu d’aide. Il faudra également assurer le suivi des soins, et à court terme une prise en charge des troubles de santé mentale liés au séisme.
Urgence Haïti : Gérer les priorités médicales. Les équipes chirurgicales de Médecins du Monde continuent d’opérer à l'hôpital central de Port-au-Prince et à Cité Soleil. Les autres équipes médicales tentent actuellement de rejoindre la périphérie de la ville pour apporter de l’aide aux populations des zones oubliées.
Les chirurgiens sont à l’œuvre à l’hôpital central depuis samedi et réalisent beaucoup d’amputations. Une centaine de personnes attend une intervention dans la cour de l’hôpital mais depuis ce matin, les patients réintègrent le bâtiment, des ingénieurs ayant certifié qu'il ne risquait pas de s'écrouler.
« La rumeur a dû circuler que des équipes médicales étrangères étaient arrivées : les blessés affluent en voiture, sur les brancards de fortune, en brouette » témoigne notre équipe. « Les cadavres devant la morgue ont été évacués, mais l’odeur reste assez insoutenable car des décès ont lieu au sein de la population qui attend devant l’hôpital sous des abris de fortune. Il n’y a pas que des victimes du séisme. » En raison de l’affluence des blessés, les équipes médicales doivent faire le tri rapidement, les cas les plus graves et les enfants sont opérés en priorité.
Jacques Lorblanchès, Chirurgien MDM
« J’étais à Bam en Iran après le séisme, et à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande en novembre 1979. Mais rien n’est comparable à ce qu’on voit ici. Il y a tellement de gens à soigner et à amputer. On manque de tout, notamment d’eau courante et d’électricité. Sans soins, certaines personnes qu’on a opérées risquent des septicémies. Les gens manquent de nourriture, d’eau, d’hygiène de base. Ils n’ont plus de maison, ils dorment dans les rues, ils s‘entassent. »
Gérard Pascal, Chirurgien MDM
« C’est très intense de travailler à l’hôpital central, il y a tellement de gens à opérer en urgence. Il fait très chaud, 30 degrés dans le bloc, et près de 40 sous la blouse. On manque d’infrastructures de base, comme de l’eau courante ou tout simplement des commodités. En revanche, nous avons eu de la chance d’arriver ici et d’être tout de suite intégrés par une ONG américaine qui était déjà sur place. Ils nous ont fait de la place dans le bloc improvisé et restent très solidaires quand nous arrivons à court de matériel. La solidarité entre humanitaires est très forte pour faire face à l’urgence, ça simplifie les choses. »
Les histoires des patients sont dramatiquement identiques : ils étaient chez eux, et la maison s’est effondrée.
Madeleine, 4 ans. Elle vivait avec ses parents dans le quartier de Dalma, l’un des plus touchés par le séisme. Elle se trouvait au rez-de-chaussée quand les premières secousses ont fait s’écrouler les 3 étages de l’immeuble. Ses parents étaient absents, en train de travailler. C’est un voisin qui est venu la tirer des décombres. Elle a perdu la jambe et a de grosses coupures sur l’arcade sourcilière.
Katiana, 13 ans, est arrivée avec sa tante à l’hôpital, elle a les deux jambes fracturées et est sans nouvelles de sa mère et de son père. « J’étais hors de chez moi lors du tremblement de terre. Un mur s’est écroulé sur moi. Ce sont des passants qui m’ont extraite des décombres et emmenée à l’hôpital. Je n’ai aucun moyen de les joindre, le téléphone ne marche plus et évidemment je ne peux pas rentrer chez moi. ». Elle doit être amputée en urgence des deux jambes.
Yolande attend depuis 2 jours que son fils, 3 ans, soit opéré. Il a le bras et le pied écrasé. Elle a échappé au sinistre mais se demande ce qu’elle va faire quand son fils sera opéré. Elle n’a pas de famille proche pour l’héberger et la nourriture vient à manquer.
Thélissa, 7 ans, a dû être amputée d’un bras. A son réveil, elle était très heureuse de revoir toute l’équipe soignante et nous demandait « du shampoing pour avoir le cheveu soie », à savoir doux, « car les miens sont si sales et si laids ». Incroyable pour cette petite fille qui a perdu sa mère dans le séisme.
Pour rappel, Médecins du Monde a acheminé 30 tonnes de matériel à Port-au-Prince et envoyé une vingtaine de personnels médicaux en renfort de nos équipes déjà présentes sur place.
URGENCE HAITI - POINT D'ACTUALITE - DIMANCHE 17/1
Depuis hier, notre équipe chirurgicale est opérationnelle à l’hôpital général. "Nous intervenons en lien avec les autres ONG présentes sur place" explique Jacques, chirurgien. "Malheureusement nous réalisons énormément d’amputations ; de l’ordre de 400 dans les jours qui viennent. Les conditions sont très précaires, nous n’avons ni électricité ni réseau téléphonique." L’équipe chirurgicale a été renforcée samedi soir par l’arrivée d’une infirmière de bloc et d’un anesthésiste. D’autres renforts médicaux continuent d’affluer. Le fret, arrivé par avion en République Dominicaine, va être acheminé dans la matinée.
Témoignage de l’équipe de Médecins du Monde arrivée vendredi 15 janvier dans la nuit de St-Domingue:
"La situation est catastrophique: l’aide n’arrive pas, les Haïtiens semblent comme abattus. Mais nous n’avons pas été confrontés à des réactions hostiles pour le moment, au contraire: ils attendent avec impatience l’aide internationale. Nous avons dormi par terre avec d’autres secouristes et des journalistes. Nous avons peu d’eau, presque pas de nourriture. Ce matin, nous nous sommes rendus avec l’équipe chirurgicale à l’Hôpital général et avons démarré le nettoyage d’un bloc opératoire que nous allons pouvoir utiliser. Sur place, la cour est envahie par des lits de fortune. La morgue étant pleine, des corps pourrissent sur le sol. A côté des blessés du tremblement de terre gisent les blessés civils "communs". L’hôpital était en grève depuis 2 mois…"
L’équipe d’urgence de Médecins du Monde est sur place
15 janvier 2010. La mission d’urgence de Médecins du Monde sera composée d’une cinquantaine de personnes, coordonnée par la belge Karen Vanderveken. Ce vendredi, une dizaine de médecins, chirurgiens, anesthésistes, infirmiers, logisticiens arrivent à Port-au-Prince pour renforcer le personnel de Médecins du Monde déjà présent.
A l’hôpital Choscal de Cité Soleil, l’équipe distribue des médicaments et du matériel médical et soigne les blessés. Notre équipe évalue également la situation dans les structures médicales partenaires de Médecins du Monde, notamment l'hôpital général de Port-au-Prince, très endommagé.
Par ailleurs, 40 tonnes de matériel médical, chirurgical et logistique arrivent ce jour à Port-au-Prince (groupe électrogène, tentes, couvertures, équipements chirurgicaux, anesthésiants, kits d’urgence,…) afin de soigner et opérer les blessés au plus vite.
« Nous sommes dans une course contre la montre pour tenter de sauver les victimes et d'évacuer les blessés. Il faut rapidement mettre en place de nouvelles structures médicales, dont des hôpitaux sous tente. L'urgence est donc d'abord médicale. Après les problèmes médicaux, d'autres problèmes vont se poser: l'accès à l'eau et à la nourriture notamment mais aussi à des abris pour les personnes qui se retrouvent sans rien », précise Olivier Bernard, Président de Médecins du Monde.
« L’opinion publique doit être informée que les dons pour Haïti sont nécessaires. La reconstruction du pays durera en effet plusieurs années. » indique Pierre Verbeeren, Directeur Général de Médecins du Monde.
Médecins du Monde participe à la récolte de fonds commune HAITI LAVI 12-12 (N° de compte : 000-0000012-12 – www.1212.be).
Médecins du Monde est présent depuis une vingtaine d’année en Haïti et mène une mission de long terme sur les violences à Port-au-Prince, une autre à Jérémie, dans la région de la Grande Anse, visant à soigner les populations frappées par les cyclones grâce à des cliniques mobiles, avec une attention particulière pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Une 3ème mission porte sur l’accès aux soins avec un accent particulier sur la malnutrition aigüe. Une 4ème mission porte sur la lutte contre le VIH/Sida à Cité-Soleil.
Ce 12 janvier 2010, un violent séisme a frappé le sud-ouest de Port-au-Prince, la capitale haïtienne. A l’heure actuelle, l’ampleur des dégâts reste à définir « mais la gravité de la situation nous amène à envisager une mission d’urgence de grande envergure pour appuyer nos équipes et nos partenaires sur place » précise Olivier Bernard, Président de Médecins du Monde. « Nous avons encore de grandes difficultés à joindre par téléphone nos équipes qui a priori, sont saines et sauves ».
Parmi les personnes que nous avons réussies à joindre figure Anne Urtubia. Elle est la responsable de la mission long terme de Médecins du Monde à Port-au-Prince: « L'hôpital général de Port-au-Prince se situe dans la zone la plus touchée de la ville, proche du palais présidentiel et de la cathédrale qui se sont effondrés. C'est très inquiétant. Car même en temps normal, le service d'urgence est totalement surchargé et a très peu de moyens : c'est à lui que s'adressent les plus démunis dépourvus de couverture maladie quand ils ont un problème de santé. Tous les indicateurs de santé en Haïti sont au rouge: le secteur de la santé est totalement dépendant de l'aide internationale, tant du point de vue financier que pour les ressources humaines. Il y a un déficit criant de professionnels de santé car beaucoup de médecins haïtiens ont émigré vers le Canada ou les États-Unis. De ce fait, le personnel de santé est en souffrance, mal payé et en nombre très insuffisant. Moins de 3% des Haïtiens bénéficient d'une couverture maladie, raison pour laquelle notre projet dans la Grande Anse participe au renforcement du système de santé en soutenant la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. »
Médecins du Monde se prépare à agir:
- Affrètement d’un charter: 40 tonnes de matériel logistique et d’équipements médicaux partiront dès que possible,
- Envoi d’équipes d’urgence: une dizaine de personnes devraient partir dans les heures et jours qui viennent. Composée de médecins, chirurgiens, infirmiers, logisticiens, cette équipe sera en mesure de gérer les premiers secours, de prendre en charge des opérations chirurgicales mais aussi d’évaluer les besoins non couverts.
Médecins du Monde lance un appel aux dons (communication: Haïti): 000-0000029-29
De tout cœur, merci.
Médecins du Monde mène une mission de long terme sur les violences à Port-au-Prince, une autre à Jérémie, dans la région de la Grande Anse visant à soigner les populations frappées par les cyclones grâce à des cliniques mobiles, avec une attention particulière pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Une 3ème mission porte sur l’accès aux soins avec un accent particulier sur la malnutrition aigüe. Une 4ème mission porte sur la lutte contre le VIH/Sida à Cité-Soleil.
HAITI: Mortalité infantile: 84‰ / Espérance de vie à la naissance: 61,4 ans / IDH 0,529 ; rang 146/177 / PIB/habitant: 426 $
Pour en savoir plus: www.medecinsdumonde.be
Source: Médecins du Monde
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