Au sujet de l’Europe

drapeaueuropeDimanche prochain, 25 mai 2014, tous les peuples de l’Europe seront invités à aller voter pour désigner leurs représentants au sein du Parlement de leur Continent. Ce n’est pas un article de politique que je vous invite à lire, mais un court rappel de l’Histoire et le récit d’un projet immense et généreux mené par un seul homme, en 1922.

Les territoires qui constituent la base de l’Europe ont été, pendant des décennies, convoités par des chefs de guerres avides de pouvoir, tels, entre autres, les romains en France, les arabes en Espagne et en France jusque Poitier, les espagnols, les autrichiens, les hollandais et les français en Belgique, les turcs en Hongrie, sans compter les révolutions internes, les conquêtes napoléoniennes…1789, 1802, 1803 la France contre l’Angleterre, 1815, 1870-1871 la France contre la Prusse, quelques dates, sorties au hasard de ma mémoire, qui ont fait des millions de morts civils et militaires avant que n’arrivent les encore plus terribles guerres de 1914-1918 et 1940-1945. Plus terribles, du fait des armements de plus en plus modernes, des machines à tuer et détruire au maximum. Pourquoi ??
On commémore actuellement le centenaire de la guerre 1914-1918 ; pendant quatre ans ? Ce sont les années de la première guerre mondiale, dite aussi la guerre « totale », déclenchée par l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie et de son épouse. En une minute, quatre enfants furent orphelins. Beaucoup de tensions, dues à des contentieux antérieurs, accumulés en Europe, ont provoqué cet acte ignoble d’un bosniaque nationaliste qui déclencha ce conflit. Plus de soixante millions de soldats de tous pays, même d’Afrique subsaharienne, des Etats Unis d’Amérique du Nord et du Canada y ont participé. Neuf millions de personnes sont décédées, vingt millions ont été blessées. L’ennemi principal fut l’Allemagne. Cette guerre est aussi la cause de profonds changements dans toute l’Europe.

Certains intellectuels ont, depuis longtemps, émis leurs pensées profondes de rapprochement des nations européennes pour garantir leur paix. Déjà en 1848, dans son « Manifeste à l’Europe », Lamartine, poète français, écrivait : « Le monde et nous, nous voulons marcher à la fraternité et à la paix ». Victor Hugo, l’écrivain français réfugié à Bruxelles, envoyait le 4 Septembre 1869, aux « Congressistes de la Paix » réunis à Lausanne, une lettre dans laquelle il évoquait « la République fédérale européenne fondée en droit » ! Cette « idée » deviendra vite un mouvement d’où naîtra « La Ligue internationale de la paix et de la liberté » qui publia un journal au titre évocateur « Les Etats-Unis d’Europe ». Un espoir magnifique dont certains extrémistes de toutes régions européennes, encore actuellement, refusent d’entendre et d’accepter. Dans quels buts ??
Après le désastre de la « Grande guerre » de 1914-1918, un autrichien, le comte Richard Coudenhove-Kalergi,  reprend cette « idée » d’Europe Unie qui deviendra le but de sa vie. Dès le mois de Juillet 1922, il lance son premier manifeste demandant l’unité de l’Europe du Portugal à la Pologne. Il fut publié, en Autriche, à Wien,  dans la « Neue Freie Presse » et à Berlin dans la « Vossische Zeitung ». En 1924, il crée une revue mensuelle, « Paneuropa » dont le siège principal était en Suisse.

Né à Tokyo le 17 Novembre 1894, d’un père diplomate autrichien et d’une mère japonaise, le comte Richard Coudenhove-Kalergi mourut au mois de Juillet 1972, en Autriche. Il fut enterré à Gstaad, en Suisse, le 2 Août, auprès de son épouse et associée. Il a entrevu les premiers pas de l’Europe Unie. C’est lui aussi qui réalisa un de ses objectifs prioritaires : la réconciliation franco-allemande à Reims, en 1962, sous les présidences du Général de Gaulle, en France et de Konrad Adenauer en Allemagne.
A partir de 1925, cette même « Union » siégera dans les enceintes du Palais Impérial de Wien, où des locaux ont été mis à sa disposition par le Chancelier fédéral d’Autriche Ignaz Seipel.

En 1926, voulant organiser au-dessus de tout parti le « Mouvement Fédéraliste Européen », Richard Coudenhove-Kalergi émet son programme d’action en neuf points lors du premier Congrès de l’Union Paneuropéenne, à

CRÉATION

  1. de la confédération européenne, avec garantie réciproque de l’égalité, de la sécurité et de la souveraineté de tout Etat Européen ;
  2. d’une cour fédérale européenne pour régler tous les conflits entre Etats européens ;
  3. d’une alliance militaire européenne, avec une force aérienne commune pour garantir la paix et le désarmement équilatéral ;
  4. progressivement d’une Union Douanière européenne ;
  5. d’une monnaie européenne.
  6. La mise en valeur en commun des colonies des Etats européens.
  7. Le respect des civilisations nationales de tous les peuples de l’Europe, fondement de la communauté de culture de l’Europe.
  8. La protection de toutes les minorités nationales et religieuses de l’Europe, contre la dénationalisation et l’oppression.
  9. La collaboration de l’Europe avec d’autres groupes d’Etats dans le cadre d’une Société des Nations Universelle.

Aristide Briand, homme politique français, a présenté en 1929, son projet d’Union européenne devant la Société des Nations à Genève ;  il doit beaucoup à Coudenhove-Kalergi. C’est également Coudenhove-Kalergi qui a lancé l’idée en 1923 de réunir le charbon allemand et le minerai français, projet qui se concrétise en 1951 sous le nom de Communauté européenne du charbon et de l’acier.
Aristide Briand, fut nommé Président d’honneur du « Comité français en faveur de Paneuropa », en 1927. Il disait : « Il n’y a pas une paix de l’Europe et une paix de l’Amérique, il y a une paix du monde entier ».Dans l’Entre-deux-guerre, son message est compris  par de nombreux intellectuels, tels Einstein, Freud, Thomas Mann, Ortega y Gasset, Rougemont, ainsi que par un bon nombre de personnalités politiques comme Édouard Herriot, Konrad Adenauer, Robert Schuman, Jean Monet, Alcide De Gasperi, Winston Churchill.
Le 1er Octobre 1932, le comte Richard Coudenhove-Kalergi fonda l’UNION PANEUROPÉENNE quieut un immense succès à travers l’Europe. S.A.I.R. Otto von Habsburg, européen convaincu, en était encore président en 1991 tandis que Monsieur Vittorio Pons avait la charge de Secrétaire Général International.
Cette volonté d’union et de paix n’empêcha malheureusement pas la seconde guerre mondiale de 1940-1945. Elle fut déclarée par un homme qui s’était proclamé, en 1934, le Führer (guide) de l’Allemagne, Adolf Hitler. Le Parti national-socialiste des travailleurs allemands l’avait « poussé » au pouvoir ;  il entraina dans sa folie destructrice quasi toute une nation, la sienne, mais aussi presque toute l’Europe et l’Afrique. Pourtant, il avait connu les horreurs de la première guerre mondiale puisque, le 13 octobre 1918, il fut gravement gazé à l’ypérite près de Ypres, en Belgique, qui lui provoqua une importante et longue cécité. Pour lui, et d’autres, il y avait une revanche à prendre du fait de la défaite allemande de 1918. Sa paranoïa, sa psychose et sa folie ont entrainé dans le malheur, les drames, les horreurs d’une nouvelle guerre pour une cause perdue d’avance…

Cinquante millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont perdu la vie, dont six millions de juifs…
Dès la deuxième guerre mondiale terminée, en 1946, Coudenhove-Kalergi revint en Europe des Etats-Unis d’Amérique, où il avait accepté une chaire, pour se remettre au service de la « cause européenne ». En soixante années, « Il padre dell’Europa », comme il fut surnommé, s’est fait connaître et apprécier du monde entier qu’il a parcouru en apôtre de l’Europe Unie. Conférencier captivant et émérite à travers les continents, le Comte Richard Coudenhove-Kalergi écrivit de nombreux livres, publiés en plusieurs langues. C’est également à lui que l’on doit le choix de l’hymne européen emprunté à Ludwig van Beethoven, qu’il fit chanter au premier Congrès Paneuropéen de Wien en 1926 ainsi qu’à tous ceux qui suivirent au fil des années. Cet « hymne à la Joie » a définitivement été adopté comme étant celui de l’Europe.

S.A.I.R. Otto von Habsburg, le Général de Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer ont toujours tenu en grande estime le comte Richard Coudenhove-Kalergi. Il reçu, le 18 Mai 1950, à Aachen, en Allemagne, le premier « Prix Charlemagne » des mains du Chancelier Konrad Adenauer qui affirma que « parmi les champions de l’idée européenne aucun n’était plus méritant et plus qualifié ».
En parlant de la création de l’Europe, les noms des hommes politiques français de Messieurs Jean Monet et Robert Schumann sont perpétuellement cités tandis que l’autrichien, Richard Coudenhove-Kalergi, l’initiateur de ce grand projet, est systématiquement oublié, gommé… Pourquoi ?
Par contre, le Japon lui a édifié une statue, à Tokyo, son nom a été donné à une rue au Grand Duché de Luxembourg, la Poste Autrichienne a émis un timbre à son effigie le 4 Novembre 1994 à l’occasion du centenaire de sa naissance ; rien n’a été fait, ni même proposé au sein du Parlement européen, qu’il soit à Strasbourg, en France, ou à Bruxelles, en Belgique… près du rond-point Schumann !

Si la majorité des européens sont bien au courant de l’organisation de l’Europe et de son importance vitale, il n’en est pas de même des français. Jamais le « pouvoir » de ce pays n’a fait l’effort de leur expliquer le fonctionnement de ses institutions, la nécessité criante de son existence. Les élections de 2009 en ont été une preuve flagrante avec les 59,5 % d’abstentions. Qu’en sera-t-il le 25 mai prochain ??

A chaque fois, les français font de ces importantes élections européennes une affaire franco-française, une continuation de leurs disputes politiciennes… Souvent, il est dit à la radio : «  … en France et en Europe… »… On ne peut oublier qu’en soixante-neuf ans, cette « Union Européenne » nous a évité d’autres guerres fratricides. Mais pas seulement, l’Europe accorde de nombreuses aides financières à un grand nombre de programmes et de projets pour l’éducation (dont Erasmus), la santé, la protection des consommateurs, la protection de l’environnement ou l’aide humanitaire. Plusieurs « Fonds » existent grâce à l’Europe, tels le Fonds européen de développement rural, le Fonds social européens, le Fonds de cohésion, le Fonds européen agricole pour le développement rural, le Fonds européens pour les affaires maritimes et la pêche…. Ce n’est qu’un aperçu rapide.

En Suisse, le vendredi 30 Juin 1978, à Lausanne, j’ai eu l’insigne honneur de participer, à l’attribution du « Prix Européen Coudenhove-Kalergi » à Monsieur Raymond Barre, premier ministre français. La cérémonie s’est déroulée au Palais de Beaulieu. Cette distinction, lui a été remise par Monsieur Edmond Giscard d’Estaing, de l’Institut, (le père du Président de la France (1974-1981), président du Comité Coudenhove-Kalergi et par l’Archiduc Otto von Habsburg. Elle lui fut conférée parce que « …au-dessus de toute lutte partisane, il contribue dynamiquement à la construction de l’Europe Unie… ». Monsieur Barre rappela la mémoire du comte Richard Coudenhove-Kalergi et termina son propos par une invite d’espoir « En ces temps difficiles et parfois sombres, puissions-nous trouver, dans l’idéal de l’Europe Unie, le ressort de notre action et la chance de notre avenir ». Ces temps difficiles… ont-ils changés depuis trente-six ans ? Pourtant l’Europe a avancé envers et contre tout, elle s’est agrandie, affirmée et a pris de l’importance aux yeux des autres continents.

Courageux démocrate et grand précurseur de l’Europe le comte Richard Coudenhove-Kalergi  disait : « le courage est la dernière arme que la Nature ait laissé contre les souffrances de la vie et de la mort ».
Il ne comprendrait pas ni n’accepterait que des peuples de l’Europe à qui il a apporté la Paix refusent d’aller voter en ces moments si difficiles pour tous.

Henrianne van Zurpele

Wien :

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