Le Pavillon des passions humaines

Relief-Lambeaux-mrah

Relief Lambeaux (c)mrah

À nouveau blanc comme neige Fin 2013, le Fonds Inbev-Baillet décidait d’honorer le dossier de restauration du relief monumental en marbre Les Passions Humaines de Jef Lambeaux (1852-1908). Les travaux, d’une valeur de € 36.689, commencèrent le 11 mai et prirent fin le 26 juin. Ils ont été exécutés par l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA). Cette restauration est la phase finale d’une importante campagne. L’année dernière déjà, le pavillon conçu par Victor Horta (1861-1947) avait été remis à l’honneur. Le monument rayonne désormais, littéralement, comme jamais auparavant. Personne n’avait  jamais pu le voir tel qu’il se présente aujourd’hui. Une longue histoire L’histoire des Passions Humaines est assez célèbre. Le renommé sculpteur anversois Jef Lambeaux présenta en 1889 un dessin grandeur nature destiné à un relief monumental. L’année suivante, l’État belge lui confia la charge de le réaliser en marbre de Carrare. L’emplacement choisi fut le Parc du Cinquantenaire, qui venait de voir le jour et auquel la présence de monuments ferait grand bien. L’architecte Victor Horta, encore inconnu à cette époque, se vit confier la conception d’un bâtiment destiné à servir d’écrin au chef-d’œuvre de Lambeaux. La légende veut que le relief des Passions Humaines soit resté sous les verrous durant des décennies à cause de son soi-disant caractère immoral. La raison véritable est en fait la confrontation entre Lambeaux et Horta, deux très fortes personnalités. L’architecte créa un petit bâtiment à portique. Le sculpteur approuva le projet dans un premier temps, mais se ravisa par la suite et émit le désir de remplacer la colonnade par un mur. Horta tint bon et le pavillon fut construit conformément à son projet. Extrêmement mécontent, Lambeaux ralentit dès lors la réalisation du relief en marbre dans l’espoir d’obtenir gain de cause. En conséquence, le monument tel qu’Horta l’avait conçu ne put être inauguré que le 1er octobre 1899, soit neuf ans après la commande par l’État belge ! Jef Lambeaux, de son côté, ne se considérait cependant pas vaincu. Une intervention de sa part provoqua, après son ouverture, la fermeture immédiate du pavillon par une clôture en bois. Le bâtiment et le relief se détériorèrent… Après le décès de Jef Lambeaux en 1908, les choses se précipitèrent. En hommage au regretté sculpteur, il fut finalement décidé de réaliser son rêve. Un mur fut élevé à l’endroit où se dressaient les colonnes qui, quant à elles, furent avancées, en même temps que le fronton. Une porte au milieu du mur donnait accès au relief. Mais elle resta fermée : il n’y eut pas de nouvelle cérémonie d’inauguration en 1910 et on ne profita même pas des travaux pour procéder au nettoyage du relief encrassé. Les Passions humaines entrèrent dans l’oubli avec toutes les conséquences qui en découlent… Qui se termine bien! Depuis 2000 déjà, les Musées royaux d’Art (MRAH) et la Régie des Bâtimentsmilitent pour la restauration des Passions Humaines. Depuis cette époque, le bâtiment a été accessible ponctuellement. Entretemps, la restauration fut préparée dans les moindres détails et des crédits activement recherchés. Cerise sur le gâteau, le Fonds Inbev-Baillet Latour accepta de financer la restauration du relief. L’histoire d’un pavillon à l’abandon dans lequel une œuvre soi-disant immorale est en train de se dégrader appartient désormais définitivement au passé. En retrouvant sa couleur blanche comme la neige, débarrassé de saletés en surface et de ses jointures noircies, le relief des Passions Humaines gagne encore en monumentalité, comme s’il venait d’être sculpté dans un seul bloc de marbre de Carrare de 6,30m sur 11,15m. Durant toute la période de l’heure d’été, les mercredis, samedis et dimanches après-midi, les visiteurs peuvent se laisser aller au trouble des passions humaines transposées dans la pierre, telles qu’une bacchanale, la maternité, des hommes nus combattant, la mort…

 

Pour en savoir plus : www.mrah.be

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