Les Démineurs Belges

sedee1

Un obus de 77m/m
Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

A l’aube du centenaire de la Première Guerre Mondiale, nous avons décidé à la rédaction de remonter de nos archives un reportage que j’ai réalisé au sein du Déminage Belge. Cet article reste d’actualité 5 ans après, la Première Guerre n’est pas finie pour tout le monde… Le SEDEE, le Service d’Enlèvement et de Destruction d’Engins Explosifs. Chaque guerre laisse sur le terrain un nombre impressionnant de munitions de tous calibres non explosées et la Grande Guerre ne fait pas l’exception. C’est une des raisons qui provoqua la création du SEDEE.  Effectivement, en 1922, en Belgique, un tel nombre de munitions avait été enlevé que l’on pensait que quelques mois suffiraient pour détruire les dernières bombes ! Mais il est intéressant de noté que chez nous, près d’un milliard et demi de projectiles, dont environs 5% toxiques., dont 30 % n’explosèrent pas, furent tirées entre 1914 et 1918.

sedee2

Une petite partie du stock d’obus à Poelkapelle
Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

Le lundi 27 juillet 2009, l’Adjudant Sarazin du SEDEE de Poelkapelle me disait : « Le jour de mon départ en retraite, le travail d’enlèvement d’engins explosifs sera loin d’être terminé ! »
Aujourd’hui l’Adjudant a une quarantaine d’années et ne sera pas démobilisé avant ses 56 ans.
Son Commandant de Compagnie, le Commandant Gunther Haustrate m’apprend que : «Le SEDEE dépends du Génie et est composé de 3 Compagnies : l’Etat-Major est caserné à Meerdaal, dans le Brabant Flamand, à côté de Louvain (Leuven), ainsi qu’un peloton d’intervention et un peloton école. » Il faut également savoir que nos démineurs sont à la pointe du progrès aussi bien en connaissance sur les engins explosifs qu’en matériel  « Ils forment également des démineurs provenant de différent pays d’Afrique et d’Asie. De plus il assurent la formation en reconnaissance d’explosifs pour les Pompiers » Poursuit-il.
Tout n’est pas enseigné à l’école, le monde des explosifs est tellement vaste et inventé par des cerveaux torturés qu’il est impossible de tout savoir, alors les démineurs font appel à leurs expériences personnelles qu’ils mettent en commun afin de pouvoir accomplir les missions tant en Belgique qu’à l’étranger.
Tous militaires ayant au moins 3 ans de service à l’ armée peut rejoindre le SEDEE, c’est une unité inter-force, mais il faut savoir qu’une formation dure un an pour pouvoir intervenir sur le terrain et 5 ans et 6 mois pour être chef d’équipe.

sedee3

Une mine de la Seconde Guerre Mondiale retrouvée en Mer du Nord
Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

sedee9

Un démineur en action dans la région de Tébninne au Liban. Par sécurité nous étions assez loin de la zone.
Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

« D’autres compagnies » continue le Commandant « sont disséminées un peu partout en Belgique, Elsenborn (En Hautes Fagnes), Léopoldsburg (Dans le Limburg), Poelkapelle, en Flandre Occidentale spécialistes en munitions toxiques et entretien des missiles embarqués à bord des navires de la Composante Navale et des Missiles Mistral (West Vlaanderen), et à Zeebrugge, c’est ici que sont formés les plongeurs démineurs (West Vlaanderen). »
L’Adjudant Sarazin m’explique que « chaque compagnie à son secteur d’intervention en Belgique et est en alerte soit 24h/24 > 7J/7, soit en préavis d’intervention d’une heure, et ¼ d’heure en stand by au quartier.
Ils ont pour mission:
– L’enlèvement des munitions des deux Guerres et des munitions déclassées (EOD > Explosive Ordnance Diposal).
– Le démantèlement des munitions toxiques de la 1ère Guerre.
– l’assistance technique aux Autorités Judiciaires (IEDD).
– La formation au SEDEE.
– Les opérations à l’étranger
»

sedee4

L’intervention à la ferme
Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

Dans le reportage qui nous intéresse aujourd’hui, c’est-à-dire le SEDEE de Poelkapelle, leur mission principale est la récupération et la destruction d’engins explosifs et toxiques de la Première Guerre Mondiale dans la West Vlaanderen (Flandre Occidentale) et une partie du Hainaut.
En effet, il faut savoir que chaque année des centaines de demande d’interventions arrivent au SEDEE, rien que pour l’année dernière (2008), ils ont reçu 2977 demandes pour un total de 271 tonnes de munitions de tous calibres aussi bien explosifs que toxiques.
A ce jour, le stock de munitions à Poelkapelle est de 27.000 obus, dont 2/3 de conventionnels et 1/3 de toxiques.
Il y a des périodes plus actives que d’autres dans la récupération d’engin explosif, en fait cela dépend beaucoup des travaux dans les champs par des fermiers. Les obus remontent lors du travail de la terre. Le jour de mon reportage, nous sommes allés chercher deux obus de 7,7 cm Allemand, un au bord d’un champ de poireaux à Vladslo (Diksmuide) et l’autre à côté du mur d’une ferme au bord du champ labouré à Werken (Kortemark), en photos

sedee56

L’Adjudant Devroedt, à gauche et son collègue inspectent un obus de 77m/m de la Première Guerre Mondiale.
Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

Arrivé sur zone, le Chef d’équipe observe l’obus afin de savoir si il est conventionnel ou toxique. Il sait également, au premier coup d’oeil, de quelle nationalité et de quel calibre il s’agit mais aussi si ils peuvent l’emporter avec eux dans un bac de sable afin de le stabiliser ou le faire exploser sur place.
Une anecdote amusante, c’ est la façon dont les Démineurs colmate une fuite sur un obus à gaz raconté par l’Adjudant Sarazin : « Après avoir essayé différentes manières de boucher un trou dans un obus, nous avons trouvé une solution toute simple, le plâtre de Paris… C’est le même plâtre qu’un médecin emploie pour soigner un membre
cassé ! Et c’est efficace. »
De retour à la caserne l’obus sera nettoyé, à la main avec une brosse et un marteau, les machines sont inutiles pour ce genre de travail. En cas de doute, l’obus et son contenu seront analysés par rayon X ou par analyse chimique en labo. Pour cela il sera ouvert afin d’en prendre le contenu.

sedee6

L’obus est déposé dans le bac à sable du camion pour le transport en toute sécurité.
Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

Une fois classifié et étiqueté afin de suivre son chemin jusqu’à la destruction, tout comme le suivi de la viande que vous avez dans votre assiette, il sera détruit par explosion sur le terrain de la caserne pour les conventionnels (Uniquement pendant la belle saison, en hiver les tremblements du sol provoquées par l’humidité empêchent toute explosion, mais surtout pour les maisons des voisins qui subiraient le désagrément des vibrations).
Les obus chimiques, une fois sécurisés seront détruit dans une usine civile, mais prochainement une destruction sera testée à Poelkapelle au sein du SEDEE dans la (Contained Detonation Chamber ou CDC).
Pour faire simple, cette chambre, de construction Japonaise est unique en Europe et est déjà employée pour la destruction de certains  obus toxiques.
Il faut savoir qu’avant 1972, les obus chimique étaient coulés dans une masse de béton au large du Golf de Gascogne.

sedee7A l’origine, après la Première Guerre, le service de déminage, appelé alors Service de Destruction des Munitions, était réparti par Province et ne devait servir que quelques années !
Enfin, c’est ce que l’on pensait à l’époque, mais en 1923, l’Etat-Major de l’époque a bien dû se rendre à l’évidence, la quantité importante d’explosifs retrouvés, était loin d’être clôturée. Et un service permanent fut créé.
Ce Service fut maintenu aussi lors de la Seconde Guerre Mondiale, les démineurs étaient alors des prisonniers libérés et formés sommairement par les Allemands.
Il est à de noter, que ces démineurs furent très actifs, mais surtout au profit de la Résistance. En effet, ils fournirent des explosifs récupérés en Belgique à l’Armée des Ombres pour le sabotage, mais aussi toute une série d’informations sur les bombes non explosées, destinées aux Alliés afin d’éviter au maximum les ratés de leurs engins explosifs.
Le nom de SEDEE fut attribué aux démineurs le 16 août 1941, et depuis ce service connut quelques changements de dénomination, dissolution et remise en service actif, pour retrouver définitivement son nom.

Reportage et photos: Eric de Wallens

Une réflexion au sujet de « Les Démineurs Belges »

  1. Très intéressant reportage, époustouflante histoire que celle de la SEDEE mais il est aussi effarant de constater, qu’en fait, une guerre n’est jamais complètement terminée…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*