LA MEMOIRE DU CONGO - Le temps colonial

Edition Snoeck Musee Royal de l'Afrique CentraleIl était temps, presque bien tard, que le Musée Royal de l'Afrique Centrale présente une telle exposition. Inaugurée le 4 Février 2005, elle fermera ses portes le 9 Octobre prochain.

Six thèmes sont répartis dans autant de salles (4, 5, 6, 7, 9 et 10), de manière succincte face à l'histoire millénaire de ce grand pays : Temps long, Hiérarchies, Transactions, Rencontres, Représenter et Indépendance. Anciens du Congo, c'est avec une profonde émotion que l'on parcourt ces espaces où sont résumés tant d'années de vies, de découvertes, de difficultés et d'efforts, de défis, d'amitiés, de malheurs comme de bonheurs, de contraintes mais aussi de réussites.

La recolte du latex"Le passé de toute cette région de l'Afrique Centrale, durant le premier millénaire, reste très mystérieux..."* Ce fut l'explorateur portugais, Diego Cao, qui relata sa découverte de l'embouchure du Kongo, en 1482. David Livingstone (de1849 à 1873), Sir Richard Burton et John Speke (de 1857 à 1859), Pierre Savorgnan de Brazza (de 1875 à 1882), Henri Morton Stanley (de 1869 à 1889) et Dias de Carvalho (de 1884 à 1888) sont les explorateurs les plus célèbres de l'Afrique centrale qui ont précédé de nombreux pionniers. La fondation du royaume remonterait au XIIIème siècle; il s'appelait KONGO.

La présence Belge au Congo est dûe à la volonté du Roi Léopold II de Belgique. Cet imposant monarque avait des rêves de grandeur pour son pays, et donc pour son peuple qui ne l'a jamais bien compris. Le Roi s'intéressa intensément aux travaux de découvertes de Livingstone et Stanley. Il puisa dans sa fortune personnelle pour mettre en route son projet; jamais, malheureusement, il n'alla sur place pour constater le travail des uns et des autres. Mais lui aurait-on tout montré alors même que, manifestement, on ne lui a pas tout dit ? H.M. Stanley attendit deux ans avant de répondre à l'appel du Roi Léopold II. Leur entente a sauvé les noirs d'Afrique de l'esclavage intensif qui avait lieu depuis de longues années. On en parle peu et mal.

Le Roi Leopod II
Henri Morton Stanley
Le Comité d'Etudes du Haut Congo (1878)*, remplacé en 1884 par l'Association Internationale du Congo furent à l'origine de la création de l'Etat Indépendant du Congo (1885). En 1908, cet état devint une possession coloniale belge : le Congo Belge qui devint indépendant le 30 Juin 1960 avec pour nom : République Démocratique du Congo.

Le Gouverneur General Leo A M Petillon
La pose de la voie de chemin de fer Matadi - LeopoldvilleLa colonisation a introduit sur ce vaste territoire de nouvelles structures religieuse et de pouvoir, largement aidée en cela par quelques missionnaires et de courageux agents territoriaux belges remarquablement efficaces et tristement oubliés. Si l'image de l'inestimable Gouverneur Général Pierre Ryckmans est présente dans l'exposition, rien ne rappelle celui qui fut surnommé le "Gouverneur Général social" : Léo A.M. Pétillon. Il eut la force et l'audace de mettre les théories en pratique et de concrétiser la communauté belgo§congolaise. Il guida S.M. le Roi Baudouin Ier lors de son premier voyage à travers le Congo, en 1955. Deux cent langues sont véhiculées au Congo, dont le tsiluba, le kikongo, le kiswahili et le lingala sont les prinicpales. La langue française s'y ajouta rapidement, faiblement suivie par le portugais, l'anglais et l'allemand.

Très convoité pour ses richesses : l'or, le cobalt, le diamant, le cuivre, l'étain, l'uranium, la bauxite, les bois précieux, le latex (caoutchouc) et le coltan (dont on extrait le tantale qui permet la fabrication des GSM), entre autres, le Congo a toujours été l'enjeu de tractations, de rivalités, de cupidités mais aussi de recherches scientifiques intensives et mondialement connues.

La cohabitation entre les noirs et les blancs ne fut pas évidente. Il faut tenir compte de l'état d'esprit des blancs des années 1800 face à la découverte d'êtres humains dits "sauvages et inférieurs", que ce soit en Afrique, aux Amériques ou ailleurs. Si, dès leur arrivée sur ce vaste continent, une ségrégation évidente régna dans toute l'Afrique noire, elle évoluera lentement mais valablement au cours du siècle suivant, surtout au Congo Belge et au Congo Français. En 1957, les dirigeants belges au Congo (pas en Belgique) estimaient qu'il fallait encore un travail d'enseignement et mise en pratique administratif de 10 à 15 ans pour que les congolais soient à même de diriger leur pays seuls. A cette époque, seulement une vingtaine "d'évolués" fréquentaient les universités belges et congolaises (à Léopoldville et à Elisabethville). Ils ne furent pas écoutés.

Très fière de sa colonie "Congo" et de l'immense travail qui y était accompli, la Belgique s'en servit pour son propre rayonnement dans tous les domaines. Rappelons parmi tous les ouvrages, l'immense réseau routier, les lignes fluviales et ferroviaires, et les ports qui furent ouverts à travers tout ce gigantesque pays pouvant contenir 80 fois la Belgique...

Les tractations pour la proclamation de l'indépendance du Congo furent houleuses, surtout dans le pays. Il est indéniable que les congolais n'étaient pas préparés pour gérer un tel événement, une telle charge. Beaucoup de bévues furent commises par les politiciens belges; instaurer une structure politique européenne en Afrique, sans tenir compte de la propre structure ancestrale des congolais bouscula beaucoup les esprits des uns et des autres. Des "éléments" subversifs, étrangers ou pas aux deux pays, s'en sont mêlés et le triste résultat des très graves troubles de Janvier 1959 et de l'après 30 Juin 1960, jour de la "Dipenda", ont malheureusement conduit ce grandissime et merveilleux pays à la ruine. Les innombrable efforts de plus de 75 ans de présence et d'investissements humains et financiers belges sur le sol congolais ont été anéantis en moins d'un mois par une sanglante révolte dirigée et ourdie bien avant ce jour fatidique. Il ne s'en est toujours pas relevé.

Aussi vivante qu'instructive, cette exposition est une leçon d'Histoire dont les Belges peuvent être très fiers. Elle est également narré dans un beau livre "LA MEMOIRE DU CONGO - le temps colonial" qui évoque, avec force textes et illustrations, un passé aussi proche que centenaire.**

Henrianne van Zurpele

(NDLR : Première femme journaliste au Congo Belge en Octobre 1958, l'auteur de cet article a également travaillé au Parquet de 1ère Instance de Léopoldville en 1959-1960, au titre de "personnel surnuméraire engagé en matière spéciale").

* http://www.objectifmag.be/publication/200310/congo.xml

** Versions française et néerlandaise - 272 pages et 250 illustrations - 39 Euros pendant l'exposition et 42 en librairie. Editions Snoeck. www.africamuseum.be - www.congo2005.be - Ouverture: du mardi au vendredi de 10h à 17h - les samedis et dimanches de 10h à 18h - Fermé le lundi. Transports publics : Bus 410 Bruxelles-Nord - Tervuren - Leuven ou Bruxelles Gare Centrale-Montgomery : métro 1B puis tram 44 jusqu'au terminus de Tervuren. En voiture : E40 sortie Bertem-Tervuren - Ring: sortie Tervuren-Bruxelles - Tél.00.32.(0)2.769.52.11

Crédit illustrations:
1er illustrations.Edition Snoeck, Musée Royal de l'Afrique centrale (c)
La récolte du latex, photo attribué à Michel (c)
La pose du la voie de chemin de fer, photo Aumönier du Chemin de Fer (c)
Photos 3,4 et 5: Collection HvZ(c)