11 novembre 2015. A la recherche de l’Adjudant Bourgeois du 19ème BCP

adj Bourgeois0000

L’Adjudant Bourgeois. (c) Famille Bourgeois et Leroy

En ce 11 novembre 2015, un peu partout en Belgique, comme en France et au Royaume uni, plusieurs cérémonies sont organisées en présence d’autorités civiles et militaires. La majorité des reportages et autres articles de presse vont relater ces événements en ayant une pensée pour les anciens combattants qui ont participé à cette grande boucherie qu’a été la première guerre mondiale. Pour tous ces jeunes gens cela devait être la « der des der », c’était sans compter sur une bande d’idiots qui n’avaient pas digéré la victoire des Alliés et le Traité de Versailles. La seconde guerre mondiale couvait déjà…
En parlant de « pensée pour les combattants de 1914 – 1918 », un nom me revient en mémoire, celui de l’Adjudant Bourgeois du 19ème Bataillon de Chasseurs à Pied. Cette unité française est venue, à cette époque, combattre dans notre beau Royaume. Depuis un an, je passe beaucoup de temps avec cet Adjudant, voici pourquoi :

_DSC2022(c)Eric de Wallens

Le monument Commonwealth érigé au sommet de la côte 60. // Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

Le carnet de marche du 19ème BCP nous apprend qu’il est arrivé en Belgique par Adinkerke le 22 octobre 1914 : « – Ypres est abordée en pleine nuit. Les habitants ont fui sous le premier bombardement, la ville est complètement déserte, le quartier de la gare brûle, des lueurs d’incendies inondent le ciel jusqu’aux abords de la cathédrale, au-dessus de nos têtes sifflent, en passant, les obus ». Ainsi vue, avec ses halles sinistrement éclairées, la célèbre place d’Ypres revêt, dans cette nuit d’horreur, un aspect d’une grandeur tragique et impressionnante, que n’ont jamais pu oublier ceux qui en furent les témoins. Au grand jour seulement le 19ème BCP atteint Kruisstraathoek. Il y prend quelques heures de repos, puis, à midi, se remet en route, par Dickebusch, pour Mille-Kruis, il y passera la nuit du 9 au 10 novembre 1914.

Quelques pages plus loin, nous lisons ceci : « L’offensive ennemie du 10 novembre avait rejeté tous nos éléments de la rive droite, nous recevons mission de nous y rétablir, et, quand nous quitterons Steenstraat, le 29, la tête de pont face à Bixschoot sera reconstituée, avec quatre compagnies sur la rive droite. A cette époque toute la 42ème D.I. se porte vers Ypres, le 19ème BCP marchant par Elverdinghe, Poperinghe, puis Vlamertinghe.

_DSC2082(c)Eric de Wallens

Ce qui reste du bunker de la côte 60, quelques blocs de béton. // Eric de Wallens (c) www.objectifmag.be

Zillebeke – Dans les premiers jours de décembre, elle est en avant de Zillebeke, entre la route de Menin et celle d’Armentières. Vie de secteur active, pénible, sans repos, avec des tranchées encore rudimentaires, profondes en première ligne, mais sans boyaux, sans abris, et de l’eau partout. Le bataillon est d’abord dans les bois à l’est de Est de Zillebeke (Butte aux Anglais), les opérations s’y multiplient, visant principalement le fortin de la côte 60. Au cours de l’une d’elles, le 17 décembre, l’héroïque adjudant Bourgeois, de la 1ère compagnie, illustre glorieusement la belle devise du bataillon : il enlève sa section à l’assaut au cri de « En avant toujours ». Il tombera aussitôt, mortellement frappé, et il achèvera le « Repos ailleurs ».

_DSC1905(c)Eric de Wallens

La ferme aujourd’hui. // Eric de Wallens (c) www.objectifmag.be

A cette époque, les français avaient ouvert un hôpital militaire dans la ferme Quaghebeur, du nom du fermier, à quelques kilomètres de là, à Poperinghe. Connut aujourd’hui sous le nom de Lijssenthoek Military Cemetery. En effet après la France, cet hôpital fût agrandi par les Anglais. Il y a eu plus de 4000 lits. Un cimetière militaire fût ouvert devant la ferme où furent enterrés 10.784 militaires de 30 nationalités. C’est à cet endroit que l’Adjudant Bourgeois a été évacué et y est mort quelques jours plus tard. Ensuite…. son corps a disparu. Impossible de le retrouver.

_DSC1931(c)Eric de Wallens

Le cimetière avec à l’arrière plan, la ferme. // Eric de Wallens(c) www.objectifmag.be

Avant d’aller plus loin, voilà comment j’ai fait sa connaissance : Depuis 1986, ma femme et moi, nous parcourions les champs de bataille de la première guerre mondiale, aussi bien en France qu’en Belgique. Nous cherchions les traces et les vestiges de la première guerre afin de les photographier. Nous avons montés plusieurs expositions en France, ainsi qu’une conférence. Pour en savoir plus, nous avons fait beaucoup de recherches, posé des questions, développé une bibliothèque personnelle afin de nous documenter et de connaitre « le comment du pourquoi ». En 2014, j’ai exposé des photos aux cimaises du Musée Européen de la Bière de Stenay (France). Pendant cette expo, j’ai reçu un message de la petite fille de l’Adjudant Bourgeois, Dominique. Elle voulait me rencontrer afin de voir mes photos. Rendez-vous fût pris, et dans la conversation elle m’a expliqué son désir de retrouver son grand-père. Je lui ai proposé de l’aider dans ses recherches. Cela allait être passionnant, malgré le tragique de l’histoire…

DSCN1800(c) Famille Leroy

Le nom de l’Adjudant Bourgeois sur le monument aux morts de la Ville de Verdun. (c) Famille Leroy

_DSC8346

Dominque devant la tombe du clairon du 19ème BCP, Georges Blangy, mort le 19/11/1914. Un mois avant l’Adjudant. Il est enterré au Lijsenthoek. Elle avait souvent entendu parlé de lui par sa grand-mère. // Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

Revenons à Poperinghe, Léonce Bourgeois vient de mourir dans son lit d’hôpital, j’ai vu son acte de décès. Et comme je le disais il n’a semble-t-il jamais été enterré dans ce cimetière. Mes recherches commencent. Il y a déjà une erreur entre le carnet de marche et sa fiche militaire. Dans le premier document il a été blessé le 17 décembre et sur le deuxième il est mort le 15 pour la France à Ypres ? Bon. C’est la guerre, il y a sans doute l’une ou l’autre erreur de transmission d’infos. Je sais aussi que sa femme et sa fille ont cherché à savoir ou était l’Adjudant, mais elles n’ont jamais eu de réponses. Dominique m’a donné quelques copies de documents qui m’ont appris sa naissance le 9 octobre 1881 à Rémy en France et qu’il vivait avec sa femme à Verdun, ville de garnison.
Il faut donc fermer toutes les portes, je contacte un maximum d’administrations françaises et belges ainsi que le service des sépultures, de diverses communes dans la région d’Ypres. Sans oublier Verdun. Dominique et sa famille continue également de leurs côtés et se rendent à Rémy. Mais toujours rien. Je vais aussi sur le terrain, je suis la route de l’Adjudant Bourgeois : la butte aux Anglais, la côte 60 et le Lijsenthoek. Je visite tous les cimetières français et les quelques cimetières du Commonwealth de la région où sont enterrés quelques français. Et comme il peut y avoir une erreur dans les livres reprenant les morts de ces lieux, je passe en revue, une par une, des milliers de tombes. Mais toujours sans succès… Mais où est l’Adjudant Bourgeois ? Et il n’est pas le seul de cette unité qui soit mort lors de cet assaut. Je sais que c’est la guerre, mais je me dis aussi qu’il y a une administration qui fonctionne. Bouger un corps, l’enterrer, ou le rendre à sa famille, comme cela est arrivé souvent, ne se fait pas sans document !

Je termine cet article par la visite de Dominique et sa petite famille sur les traces de son grand-père. En effet, il y a quelques jours, nous avons passé une journée pleine d’émotions sur la route empruntée par le 19 ème BCP et son illustre sous-officier. A ce jour je ne sais toujours pas où est l’Adjudant Léonce Bourgeois, matricule 264 du 19ème BCP.

Source historique du 19ème BCP : Service historique de la Défense (France)
Crédit illustration: Famille Bourgeois et Leroy
Reportages et photographe Eric de Wallens (c)

Cérémonie du 11 novembre 2014 à Bruxelles

11nov14

SAR Philippe 1er dépose des fleurs sur la tombe du soldat inconnu. Photographe Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

Ce 11 novembre 2014, centenaire du début de la Grande Guerre et 70ème anniversaire des Bataillons de Fusiliers ou du débarquement en Normandie, entre-autre… Deux guerres, deux boucheries inutiles, combien de vie se sont arrêtées net pour ces deux folies de l’être humain. Le 11 novembre 1918 à 11h00, le clairon sonne sur le champ de bataille, mais personne ou presque n’ose sortir la tête hors des tranchées pour voir ce qu’il se passe en face, il faut attendre un peu, 4 an de guerre s’arrête, difficile d’y croire… La Der des der est terminée. Mais ce n’était pas dans l’idée de tout le monde, déjà un petit moustachu originaire d’Autriche et bien d’autre Allemands ne veulent s’avouer vaincu et ce n’est pas le traité de Versailles de 1919 qui va changer la vision de ces gens-là, au contraire, la deuxième guerre est déjà sur les rails.

11nov14

Notre Roi s’entretient quelques instants avec des anciens combattants, ici avec le Colonel e.r Roberti-Linterman, Président de la Fraternelle du 4ème Bataillon de Fusiliers. Photographe Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

Depuis quelques années dans notre beau Royaume de Belgique, ce 11 novembre est la journée de la cérémonie militaire en hommage au Soldat Inconnu, mais aussi pour les morts des deux guerres mondiales et aux militaires tombés lors des missions pour la paix depuis 1945. Cet événement est rehaussé par la présence du Roi Philippe 1er, du gouvernement Belge et diverses autorités civiles et militaires sans oublier les mouvements de jeunesse. Cette journée s’est terminée par la visite du Parlement Belge et la conférence très passionnante de Monsieur le Professeur Emérite à l’Université d’Anvers, Alex Vanneste. Elle avait pour thème la première guerre mondiale et plus précisément la frontière de barbelé électrifié entre la Belgique et la Hollande. Le Professeur a réussi à captiver l’assemblée composée de personnes de tous âge, à l’issue de cet exposée la majorité des questions étaient posées par les enfants.

11nov14004

La conférence se déroulait dans la salle du parlement Belge.Photographe Eric de Wallens(c)www.objectifmag.be

Je parlais du Soldat Inconnu, mais qui était-il ? D’où venait-il ? Qui était ses parents ? Avait-il des frères et sœurs ? Qu’elle était son métier ? Voilà des questions qui resteront à jamais sans réponse. Ce que l’on sait, c’est que son cadavre, comme beaucoup d’autre a été retrouvé sur le champ de bataille, il a été enfermé dans un cercueil et rassemblé avec 4 autres. Ces 5 morts au combat ont été présentés à un blessé de guerre, un aveugle, il a fait son choix au hasard et le soldat désigné est enterré depuis 1922 au pied de la colonne du Congrès Rue Royale à Bruxelles. Si vous  passez devant sa tombe, n’oublier jamais de le saluer, c’est une marque de respect.

Photographe et reportage : Eric de Wallens ©